Aller au contenu
Agir
Faire un don
ou montant libre :
/mois
Grâce à la réduction d'impôts de 66%, votre don ne vous coûtera que : 5,1 €/mois
URGENCE PROCHE ORIENT

Exigez avec nous la protection sans condition des populations civiles

Jeune combattant de l’État Karenni, entre Demoso et Mese, le 23 mai 2024.

Une politique de la terreur

Torture systématique, viols collectifs, violences faites aux enfants… Le rapport annuel du Mécanisme d’enquête indépendant pour le Myanmar des Nations unies publié en août dernier dresse un constat alarmant. Nicholas Koumjian est à la tête de cet organisme créé en 2018, à la suite des atrocités commises par le régime birman contre la minorité rohingya.

 

Extrait de La Chronique d'octobre 2024#455

— Propos recueillis par Pierre Terraz

Quelle est la mission du Mécanisme d’enquête indépendant pour le Myanmar ?

Nicholas Koumjian  — Notre rôle est de recueillir, dans tout le pays, des preuves attestant exclusivement des pires crimes internationaux : les crimes de guerre, les crimes contre l’humanité et le crime de génocide. Nous ne sommes pas autorisés à nous rendre sur place, donc les preuves nous parviennent par des moyens détournés : photographies aériennes, enquêtes sur les réseaux sociaux birmans, et un réseau de 900 sources recrutées secrètement au Myanmar. Ces personnes sont des civils, des membres de la résistance armée, mais aussi des membres de la junte militaire elle-même, qui ont déserté et nous font des rapports. Quand les preuves attestent de crimes commis à grande échelle, nous les partageons avec trois juridictions en vue de futures poursuites : la Cour pénale internationale, la Cour internationale de justice et le parquet fédéral de l’Argentine, le seul État qui a accepté de se saisir des éléments dont nous disposons afin d’appliquer la justice internationale, pour le moment.

 

Qu’observez-vous depuis le coup d’État de 2021 ?

Le phénomène le plus massif est la violence délibérée – et non collatérale – des forces armées à l’encontre des civils. On parle là de bombardements ciblés sur des événements et des lieux publics, comme des concerts ou des écoles élémentaires. Des villages et même des villes sont régulièrement réduits en cendres par l’armée. Cette politique de terreur a pour objectif de dissuader la population de collaborer avec la résistance, qui prend de l’ampleur au Myanmar. Nous constatons également une augmentation exponentielle des arrestations arbitraires, de la torture et des violences sexuelles commises en détention.

 

Quelles sont les exactions commises ?

Nous avons récolté de nombreuses preuves de torture, en particulier dans les centres de détention militaires : décharges électriques, arrachage des ongles, brûlure de la peau, arrosage avec de l’essence et mise à feu, étranglement avec des sacs en plastique, doigts cassés… Certains détenus sont forcés de se frapper les uns les autres, ou d’assister à des actes de violence à l’encontre d’autres détenus. Nous disposons également de preuves solides de crimes sexuels commis en détention, y compris envers des enfants de moins de 18 ans. Il s’agit notamment de viols, parfois collectifs, de l’insertion d’objets dans les orifices anaux et génitaux, de brûlures des parties intimes avec des cigarettes, de tentatives de léser les organes reproductifs… Très souvent, ces violences sont perpétrées lors d’arrestations arbitraires. Nous savons que des aveux forcés sont régulièrement obtenus par la torture de la part des militaires. Ils servent ensuite au cours de simulacres de procédures judiciaires pour enfermer des membres de l’opposition, des journalistes, des militants politiques.

 

Peut-on affirmer que ces violences sont systématiques ?

Malheureusement, elles se produisent à grande échelle. Dans le seul cas des Rohingyas, on estime que 43 % des personnes détenues ont été violées, et que 31 % ont été victimes de violence ou d’agression sexuelle. C’est énorme. Surtout, nous constatons que ces violences se sont généralisées, alors qu’elles ciblaient il y a quelques années les minorités ethniques et religieuses comme les Rohingyas – ou les Karens, qui sont des chrétiens dans un pays à majorité bouddhiste. Elles sont désormais observées dans tout le pays, y compris à l’encontre des Bamars, les Birmans majoritaires.

 

Vous devez constater les crimes commis par « toutes les forces en présence ». Les groupes armés, souvent présentés comme prodémocratiques, commettent-ils aussi de tels crimes ?

Oui, mais ces crimes sont plus difficiles à identifier, car nos sources sont moins enclines à les dénoncer que ceux commis par la junte. Et pour que nous nous y intéressions, il faut qu’ils soient très graves et qualifiables de crime de guerre, de crime contre l’humanité ou de crime de génocide. Nous savons que certains groupes armés effectuent des recrutements forcés, en instaurant un quota de fils par famille qui doivent combattre. Parfois, des mineurs sont engagés comme enfants soldats ou assignés à des tâches subalternes qui les exposent au conflit : déminage, approvisionnement du front… Dans les zones qu’ils contrôlent et administrent, certains groupes armés procèdent aussi à des exécutions publiques sans autre forme de procès, parfois pour de simples délits comme un vol et du recel. Enfin, il arrive que des civils soient exécutés sur la base de soupçons d’allégeance à la junte militaire. Nous étudions par exemple le cas d’un commandant d’un groupe armé karen qui a ordonné à ses hommes de tuer 25 personnes sur un chantier, parce qu’elles étaient accusées d’être des espions du régime. Aujourd’hui, les civils au cœur du conflit ne sont en sécurité ni d’un côté ni de l’autre. Leur vie est en train de devenir un cauchemar sans fin. 

 

Offre découverte

Découvrez La Chronique sans plus tarder : recevez un numéro "découverte" gratuit

Remplissez ce formulaire en indiquant votre adresse postale et recevez gratuitement votre premier numéro dans votre boîte aux lettres !