Aller au contenu
Agir
Faire un don
ou montant libre :
/mois
Grâce à la réduction d'impôts de 66%, votre don ne vous coûtera que : 5,1 €/mois
URGENCE PROCHE ORIENT

 Exigez avec nous la justice pour toutes les victimes et la protection sans condition des populations civiles

Des réfugiés rohingyas portent des fournitures, Cox's Bazar, Bangladesh
Des réfugiés rohingyas sortent d'un centre de distribution dans un camp de Cox's Bazar, au Bangladesh, le 13 mars 2025. © Mohammad Ponir Hossain, REUTERS

La baisse de l’aide alimentaire menace les réfugiés Rohingyas déjà touchés par la malnutrition

Au Bangladesh, le Programme alimentaire mondial (PAM) se voit contraint de réduire dramatiquement l’aide apportée à la communauté des Rohingyas. Ces coupes budgétaires touchent plus d’un million de réfugiés, qui se trouvent déjà dans une situation humanitaire catastrophique. 

Le Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations unies annonce réduire son aide auprès des Rohingyas réfugiés au Bangladesh. Les rations alimentaires devraient être réduites de moitié, passant de 12 $ à seulement 6 $ par mois. En 2023, une première réduction des rations mensuelles par le PAM avait déjà causé des difficultés dans les camps surpeuplés du Bangladesh. Pour la communauté Rohingya, qui dépend presque intégralement de l’aide humanitaire pour survivre, cette nouvelle annonce est dramatique. 

Le déficit de financement ne fera qu’exacerber la pénurie déjà forte de fournitures et de services essentiels dans les camps. […] Sans ce soutien, les Rohingyas, qui vivent déjà l'une des plus grandes crises de réfugiés au monde, s’enfonceront dans une situation de faim et d'insécurité. Il faut à tout prix l’éviter

Smriti Singh, directrice régionale pour l’Asie du Sud à Amnesty International.

Dénuement total

L’aide alimentaire, déjà limitée, devient désormais insuffisante pour garantir trois repas par jour. Avec les nouvelles annonces, la ration de riz, auparavant de 13 kilos par mois, se retrouve réduite à 10 kilos. L'inflation galopante rend, par ailleurs, de plus en plus difficile l'accès aux produits de base, pourtant nécessaire à une alimentation équilibrée. L’achat d’aliments essentiels comme le lait, les œufs ou les légumes devient un luxe inaccessible pour des milliers de familles.  

 Chacun se demande comment il va réussir à nourrir ses enfants. Nous sommes tous très stressés ... Nous ne pouvons pas nous en sortir avec moins de nourriture. Si ce n’est pas assez pour vous, ce n’est pas assez pour nous. Nous sommes toutes et tous des êtres humains.

Sumaiya, 19 ans, réfugiée dans les camps de Cox’s Bazar au Bangladesh. (Le nom a été modifié pour protéger son identité).

A Cox’s Bazar, la communauté rohingya n’a d’autre choix que de s’en remettre à l’aide du PAM. Son accès à des possibilités d’emploi est fortement restreint par le gouvernement du Bangladesh, qui leur interdit de circuler hors du camp. Les maigres moyens dont dispose la communauté pour générer des revenus sont encore plus limités pour les femmes. Quand aucun homme ne dirige le foyer, certaines n’ont plus d’autre choix que de mendier pour répondre aux besoins de leur famille. 

Crise inédite pour l’aide alimentaire mondiale 

L’aide internationale alimentaire connaît une crise de financement majeure, plusieurs pays donateurs du PAM, « principalement européens », ayant procédé à des coupes budgétaires explique le Secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres.    

A ces réductions s’ajoute la décision de la nouvelle administration américaine de geler son aide internationale au développement, l’USAID. Or les États-Unis comptent parmi les plus importants contributeurs de l’aide alimentaire internationale, qui transite principalement par le Programme alimentaire mondial.  

Le gel de l’aide américaine a par ailleurs des répercussions directes sur les services de santé. Plusieurs hôpitaux et établissements de santé dans les camps ont dû suspendre leurs services, à la suite des différents décrets pris par le président Donald Trump.  

Sur place, la faim est endémique  

Avant même l’annonce des coupes budgétaires, la communauté rohingya faisait face à des conditions sanitaires désastreuses. Selon l’UNICEF, les enfants connaissent les « pires niveaux de malnutrition » depuis le déplacement massif de 2017. Avec une nouvelle réduction des rations alimentaires, le nombre d’enfants en situation de malnutrition et nécessitant des soins urgents risque d’augmenter encore davantage.  

50%d'enfants montrent des signes de malnutrition
27%d’enfants en + atteints de malnutrition aiguë par rapport à 2024

Source UNICEF sur la malnutrition au sein de la communauté Rohingya réfugiée au Bangladesh

Au-delà des conséquences sanitaires, la réduction de l’aide alimentaire pourrait entrainer une montée des tensions et de l’instabilité. Dans les camps densément peuplés de Cox’s Bazar, les conditions de vie déplorables exposent particulièrement les résidents à la violence, à l'exploitation et à la traite des êtres humains. Les femmes et les enfants, qui représentent près de 75% de la population, comptent parmi les plus vulnérables face à ces dangers. Sur place, plusieurs observateurs pointent les risques accrus d’exploitation et de violence que cela fait peser sur les femmes et les filles. 

Cox’s Bazar, le plus grand camp de réfugié·e·s au monde 

Chef-lieu du district du même nom, Cox’s Bazar est une ville située au sud du Bangladesh. En 2017, à la suite de la répression militaire brutale menée par le gouvernement du Myanmar contre les Rohingyas, la ville est devenue un refuge pour plus de 750 000 personnes issues de cette communauté. Aujourd’hui, Cox’s Bazar abrite le plus grand complexe de réfugié·e·s au monde, avec plus d’un million de personnes réparties dans différents camps.

En 2023, une nouvelle escalade de la violence dans l’État d’Arakan, au Myanmar, a de nouveau contraint des milliers de personnes à fuir leur pays pour rejoindre les camps de Cox’s Bazar au Bangladesh. À ce jour, la répression violente exercée à l’encontre des Rohingyas par les autorités du Myanmar fait toujours l’objet d’une enquête pour génocide devant la Cour internationale de justice.

La plupart des réfugié·e·s vivent dans des refuges provisoires qui n’offrent que très peu d’intimité et sont très vulnérables aux chocs climatiques, comme les cyclones, les incendies et les glissements de terrain. La réduction des financements humanitaires a poussé les services de base au bord du gouffre, et l’augmentation des problèmes de sécurité dans les camps expose de plus en plus les femmes et les filles à la violence. Les réfugiés se retrouvent dans une situation de vulnérabilité extrême, sans accès à des emplois stables, et sont confinés dans les camps en raison des restrictions de déplacement imposées par le gouvernement. 

Lire aussi : Myanmar/Bangladesh. Les Rohingyas sont la cible des menaces les plus graves depuis 2017

Face à cette situation dramatique, nous appelons les pays donateurs à prendre des mesures immédiates pour combler les déficits de financement et éviter que la situation ne se détériore davantage. Le gouvernement intérimaire du Bangladesh doit ratifier la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés et son Protocole de 1967, afin de garantir des protections juridiques et des droits fondamentaux aux réfugiés rohingyas. 

La situation est urgente, et les actions humanitaires sont plus que jamais nécessaires pour éviter une catastrophe humanitaire de plus grande ampleur. 

Aller plus loin : Qui sont les Rohingyas ?